Le cinéma serbe est l’un des plus originaux d’Europe — onirique, brutal, poétique et souvent déconcertant. De Dušan Makavejev dans les années 60 à Emir Kusturica et la nouvelle génération, voici un panorama pour découvrir ou approfondir cette cinématographie unique.
Les pionniers : le cinéma yougoslave (1950–1980)
Le cinéma serbe prend racine dans le cinéma yougoslave, l’un des plus inventifs du bloc socialiste. La „Vague noire“ yougoslave (Crni talas) des années 1960-1970 produit des œuvres critiques, libres et formellement audacieuses, à rebours du réalisme socialiste.
Dušan Makavejev est la figure tutélaire : ses films (L’Homme n’est pas un oiseau, 1965 ; W.R. — Les Mystères de l’organisme, 1971) mêlent politique, sexualité et expérimentation formelle. Censuré en Yougoslavie, il part en exil à l’Ouest mais reste une référence mondiale.
Autres noms incontournables de cette période : Živojin Pavlović (Le Réveil des rats, 1967), Aleksandar Petrović (Je me souviens… trois fois Dubrovnik) — tous lauréats de prix européens.
Emir Kusturica : le cinéma serbe sur la carte mondiale
Aucune figure n’incarne mieux le cinéma serbe que Emir Kusturica, deux fois Palme d’Or à Cannes (seul réalisateur de l’histoire avec Coppola à réaliser cette performance) :
- Papa est en voyage d’affaires (1985) — Palme d’Or
- Underground (1995) — Palme d’Or
- Arizona Dream (1993) avec Johnny Depp
- Chat Noir, Chat Blanc (1998) — Lion d’Argent à Venise
- La Vie est un miracle (2004)
Son univers baroque, musical et chaotique — où tziganes, cochons, explosions et violons se mêlent — est immédiatement reconnaissable. En France, ses films sont régulièrement reprogrammés en salles et ses œuvres disponibles sur les plateformes principales.
La génération suivante : un cinéma social et intime
Après Kusturica, le cinéma serbe s’est tourné vers des récits plus intimes et socialement engagés :
- Srdan Golubović — Les Clients de l’hôtel Astoria (2009), Father (2020, Ours d’argent à Berlin) — chroniques de la pauvreté et de la dignité
- Mila Turajlić — documentariste engagée, sa Cinémathèque de Belgrade (2020) est un hymne à la résistance culturelle
- Goran Stolevski — cinéaste d’origine macédo-serbe, révélation internationale avec You Won’t Be Alone (2022, Sundance)
- Ivan Ikić — Barbarians (2021), portrait psychologique d’une jeunesse serbe contemporaine
Festivals et événements : voir le cinéma serbe en France
Plusieurs occasions annuelles permettent de découvrir le cinéma serbe en France :
- Cinéma du Monde à Paris — programmations régulières de films des Balkans
- Festival de Cinéma de Banja Luka / FEST Belgrade — diffusés partiellement en ligne, accessibles depuis la France
- Maison de la Culture de Serbie à Paris — séances de cinéma et rencontres avec cinéastes
- Institut français de Belgrade — échanges franco-serbes, coproductions
Où regarder le cinéma serbe depuis la France ?
- MUBI — plateforme spécialisée cinéma d’auteur, régulièrement des films serbes et yougoslaves
- YouTube — nombreux films classiques du cinéma yougoslave en accès libre (avec sous-titres)
- Cinetek — films restaurés du patrimoine européen
- Médiathèques françaises — fonds DVD du cinéma européen, vérifier les collections locales
5 films serbes à voir absolument
- Underground (Kusturica, 1995) — l’œuvre-monde du cinéma serbe
- Chat Noir, Chat Blanc (Kusturica, 1998) — comédie délirante et solaire
- W.R. — Les Mystères de l’organisme (Makavejev, 1971) — ovni cinématographique
- Father (Golubović, 2020) — bouleversant portrait d’un père ordinaire
- Le Revenant / Povratak — pour sa vision de la Serbie contemporaine
Pour aller plus loin : Culture serbe — traditions et personnalités | Musique serbe — guide complet